mercredi 26 janvier 2011

La lumière est entrée

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La lumière est entrée par l’œil de la cathédrale, elle a filé le temps et les serments oubliés. Alors, elle s’est assise et a rompu le pain. Puis, elle a tricoté la mie avec le vin, le chandail du ciel est né entre ses mains. Elle a pris une perle d’ébène pour l’offrir aux nuages, qui là-haut dans le ciel épinglent leurs visages, images que les enfants colorent du bout des yeux, et réinventent sans fin au détour d’un mirage.


Les oiseaux passent et crient, ils sont loin dans le monde. Ils frottent de leurs ailes de grands lambeaux de ciel, qu’ils tirent de leurs becs pour recouvrir la terre. Etoffes d’azur et d’ombre, tentures fragiles et claires que les hommes lacèrent de leurs griffes immondes. Ils pleurent et se lamentent dans leur duvet d’enfant, ils se disent :
« tout s’enfuit chaque seconde, à l’heure où je vous parle tout cela n’est plus »

La nuit s’est éloignée sur les chemins d’hier, on l’entend qui frémit dans le lit des rivières. Son voile de crêpe noir susurre, murmure de doux secrets aux muses tapies sous l’onde. Elle enveloppe de suie le cœur des grands naufrages, le cœur des âmes grises tout au bord du vertige. Le jour, son jeune amant lui baise les paupières pour qu’elle s’endorme tranquille de l’autre côté du monde.

La lumière est fragile, elle entre au cœur de l’âge, petits grains de soleil qui rongent les rivages. La vie est loin, où les autres se meurent, où les autres respirent comme on effleure le ciel, comme on gratte les secondes qui s’accrochent ingrates sur la peau des visages, et se glissent mutines sous les paupières closes.



(Peinture : Cathédrale / Yahne Le Toumelin)

8 commentaires:

camille a dit…

Cette lumière peut-elle
tout un monde nous rendre ?
Est-ce plutôt la nouvelle
ombre, tremblante et tendre,
qui nous rattache à lui ?
Elle qui tant nous ressemble
et qui tourne et tremble
autour d'un étrange appui.
Ombres des feuilles frêles,
sur le chemin et le pré,
geste soudain familier
qui nous adopte et nous mêle
à la trop neuve clarté.

Rainer Maria Rilke (Vergers)

Kaïkan a dit…

oh, Ma Maria, comment ne pas plonger en ce texte, le lire, s'y glisser entre les mots et sourire, l'oeil humide d'émotion ... L'illustration aussi me parle ...
Ce jour, 2ème rencontre de Trialogues, je te mets le lien, une bien belle aventure humaine aussi ;-)) http://danofsky.be/nospeintures/?p=270 Belle journée à toi, Ma Maria ...

Bruno a dit…

Maria , ce texte est d'une beauté où la plume poétise la lumière ...

J'adore !

jeandler a dit…

Un écrin de lumière
à la croisée les verrières
chantent toutes les lumières
tissées en ces doigts de verre

maria-d a dit…

@ Camille..
Ombre et lumière
Lumière de l'ombre
se rattacher à Lui
;-))



@ Kaïkan

et comme je vis à fond cette aventure, avec toi je suis sur ce sentier de poésie picturale...
Yahne Le Toumelin, tu devrais aimer :
http://www.rireduciel.com/



@ Bruno...
aimer, aimer !
adorer ... attention
aimer la beauté
merci



@ Pierre...

Doigts de lumière
chantent le verre
écrin tissé
croisée ... lumière



>>>> @ Vous grand merci

Kaïkan a dit…

Je découvre, Maria ...
Quelle force en ces tableaux ...
Merci pour le lien ;-))

Gérard Méry a dit…

la lumière est arrivée jusqu'ici à dos de tes mots

maria-d a dit…

@ Kaïkan... je savais ... ;-))



@ Gérard... alors, Heureux les heureux !!! merci