mardi 4 janvier 2011

Les simples

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Le vent crie ses sarcasmes, il erre comme un voyou à qui manque le pain et le vin sur la route froide de l’errance. Le mal est fait, le mal s’est imposé, puis il s’est éclipsé, évaporé. Les doigts de l’aube l’ont délié des branches et il s’en est allé vers les abysses de l’air. Le jour déplie ses ailes et habille le monde de sa beauté première. Les feuilles des arbres s’endimanchent et se rient des années de poussière où elles restaient dans l’ombre attendant la lumière.

Dans le creux de l’arbre mort il y a une perle, un mot de tous les jours que les innocents polissent de leur langue de velours. Une pierre de l’âge, une image, un présage, un fruit mûr, une parole d’écaille dans l’eau de leurs yeux d’enfants sages. Ils émergent de la fange. Le jour pâle s’étire comme l’aile d’un ange qui ne peut pas mourir.

Les doigts des brindilles brûlent et se racornissent sous les rais du soleil, que seuls les enfants tirent vers le cœur de l’arbre. Ils s’enlacent, ils s’étreignent, ils se baisent les lèvres jusqu’à l’extase, et soufflent la cendre de leurs longues nuits d’absence.

Ils frappent aux portes du ciel, et réveillent les anges qui bâillent et se rendorment dans leur lit de corail. Ils sont beaux, ils sont tendres et mangent la lune, les étoiles, le monde comme une orange. Ils s’assoient sur le bord de grands lits éphémères, et se lovent sous le voile, chrysalides d’un soir. De leur sang de vermeil ils écrivent leur histoire, leur vie si longue et belle, compliquée et rebelle, mystérieuse qu’ils cachent entre les phrases. Ils en grattent l’écorce et mettent à jour le fruit… juteux et coloré, tout au cœur de l’étrange, au plein milieu d’un lange.

Ils sont enfants des limbes. Ils sont nés dans une feuille et habitent une nervure tout en bordure de l’arbre. Ils sont enfants d’ailleurs, ils se perdent en eux-mêmes, ils sont au fond d’eux-mêmes, en secret et se coulent dans l’étrange d’un poème de feuille. On les dit en souffrance, solitaires et absents. Ils sont en communion, en intuition profonde du bonheur, de l’espoir, dans la lumière du soir et la grâce du Dieu qui les a mis au monde.

Leurs mots sont laconiques, elliptiques, en harmonie parfaite avec leurs cœurs si purs où s’écrit en un psaume la poésie de l’âme. Ils marchent en silence, dans leurs mots de hasard et déchirent à pleines dents les ténèbres de l’espoir. Ils avancent, et ils disent avec leurs yeux de l’ombre, avec leurs mains de sable et leurs cœurs en naufrage. Ils sont grands et ouverts, dans cette vérité première, à l’origine du monde.








(Peinture : Paysage / maria-d)

11 commentaires:

brigetoun a dit…

merveilleux texte pour finir la journée

jeanne a dit…

mon premier commentaire dans la brûme ....
j'aime ces enfants des limbes
un peu effrayants
qui écrivent sur ton tableau des mots illisibles
où seule la musique
la musique des mots....

Estourelle a dit…

Peut être que c'est nous aussi...

colette a dit…

et dans cette "perle" l'éclat qui fait avancer

jeandler a dit…

Les arbres ont toujours un petit creux
où nichent les oiseaux
déposant leurs secrets

sido a dit…

Ils disent, et par là même leur est donné l'Être ; Ils Sont, et par là même emportent nos coeurs comme l'envolée d'une étrange musique, une musique simple et fastueuse, unique et multiple,silencieuse et entêtante, une musique pour commencer au monde et pour finir en lui.

Gérard Méry a dit…

Quelle belle envolée, de branche en branche

O a dit…

Il y a là, la présence évidente du fruit sacré "en plein milieu d'un lange".

Anonyme a dit…

Un vrai plaisir de venir vous lire !

Anonyme a dit…

Un ami,
essentiel,
interroge:
vraiment,
écrivez vous
moins ?

mémoire du silence a dit…

@ Brigetoun... merci beaucoup


@ Jeanne.. ils ne sont pas effrayants ces enfants, ils sont simplement des enfants sur lesquels notre regard mérite de se poser avec amour pour en embrasser le mystère...


@ Estourelle... bien sûr que oui, nous pouvons nous reconnaitre en eux... il suffit d'aller à leur rencontre


@ Colette... une perle rare qu'il faut trouver


@ Jeandler... petits secrets que les enfants vont voler dans le creux de leurs oreilles


@ Sido... une ouverture au monde Sido, oui, il s'agit bien cela ... une histoire artistique dont l'oeuvre à créer est sa propre vie, son Être...


@ Gérard... Pour faire le portrait d'un oiseau Gérard, souviens-toi : "Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte"


@ O... le coeur de l'Homme


@ Anonyme (1) ... et à moi de vous recevoir


@ Anonyme (2)... moins bien, bien loin, lointain, teint pâle, palabra, palabras para Julia
http://www.youtube.com/watch?v=C7Zsb0Y8Tpg