dimanche 29 juillet 2012

Résonance vers "Chanson à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme".





La couleur est de sable et d’herbe parfumée, dans l’arête du temps un cercle ouvert en frise surannée. A sa taille un anneau, un œil peint à la pupille ronde. Griffes  limées, ombres d’un été, folles journées aux genoux rapiécés. Dans un coin de la chambre une vitre brisée, peau de l’âme aux sourcils arrachés.

Cou serré, ciel en pleurs, grandes lignes de l’été, le soleil suit la rampe et marche sur un pied, la vie est détachée. A son front une fleur, une pierre incrustée, une racine de l’âme, un épi de l’été. Une chanson, une missive à l’étoile accrochée, une étoffe de lune au ciel des opprimés. Une herbe au goût des prés.

Les arbres se penchent et content des histoires aux enfants, brin d’herbe et banc de sable. Il est là, propre et debout, les bras en croix, pliure aux lèvres, l’œil averti, il oublie le possible, le peu et le rien, la misère comme une déchirure au cœur. Les yeux pleins de larmes, le froid le pique à l’âme.

Les secrets, les mensonges, les fleurs au balcon et la bouche au cœur, à l’âme. Il se tait, il commence, il souffle sur la pierre et raye la pelure. Il écrit sans artifice, il exige et assemble les brins d’herbe, les mots et le sourire de l’eau. Dans sa main une histoire, le froid , le soupçon, et la magie des trois.

Son nom est une perle, un talisman qui orne son cou, une parure, une mèche de sel, un fil d’or sur la rive. Il tourne sur lui-même, il scrute les pages du livre et souligne dans la marge les mystères, les énigmes, les arcanes de chaque ligne. Sur le mur il dessine la voix de l’impossible et entonne sans fin son refrain d’herbe à l’âme. 

Il est universel, il est beau, il est bon, il est fait de partage et de pain que l’on rompt. Le vent a bu le monde, il s’en grise la gorge, il s’accouple sans scrupule aux feuilles, aux branches, aux herbes, au froid de la route, au soupçon de l’aveugle, à l’âme des innocents.

Il est grand et puissant, les guerriers déposent les armes, ils lèchent leurs blessures, reprisent les trahisons, plient dans leur mouchoir les oublis, les affronts. Nus et dépouillés, ils s’allongent dans l’herbe, dans le froid du printemps et sans l’ombre d’un soupçon ils rapiècent leur âme avec le fil du temps.

Sur la route ils s’en vont, ils cherchent les absents, les déchirés de l’âme, le murmure des cailloux. Ils s’enlacent, ils s’évitent, ils chantent sur le fil et hésitent un instant, ils devinent le remugle des dieux et des génies. Dans l’herbe et dans le froid ils se glissent comme l’ombre, à peine osent-ils s’étendre et compter sur leurs doigts.

La vie est hypocrite, un combat avorté, le vent cingle l’azur et le raye de noir avant qu’il ne s’endorme. Ils sont un et plusieurs, le cœur dans la bouche et le froid dans le cœur, ils ont peur de leur âme, de leurs cris de hibou, ils égrènent la révolte dans un sac sans trou. La vérité est sage, elle a perdu ses dents qu’elle met sous l’oreiller.

Les mensonges, les histoires, et les briseurs de cou, il les met dans sa poche et son mouchoir dessus… La peur est à la porte, elle renifle le soupçon, le brin d’herbe et la griffe qui lui barre la joue.



en résonance à un texte de Michel Chalandon :



Chanson à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme.

Verse au front une couleur, une éternité, une règle, porte les mains aux yeux et les ouvre, clairs et ronds. Ceinture et froisse le vêtement, dispose de tout, ferme, ouvre et regarde, il est tard venu, le temps est implacable. Tu te déposes et te serres, au sol, tu cherches, berger fou. Remonte l’escalier à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme.

Et défais ton col, il est trop chaud le ciel, il est trop grand l’espace, le feu vendange et racle les âmes, la vie est étalée et tu cherches. Tourmenté, nourri d’âmes, de cailloux, armé de serments, de griffes, tu es le vide et tu jures, chantes et sautes un toit l’autre, tu pinces de sel une étoile. Griffe et tourne à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme.

Le temps, sous les arbres, coupe l’herbe brin à brin et une pensée après l’autre. Il se comprend, il se voit, il est perdu, il commence et il cherche, il inscrit dans le repli comblé, dans la pente, dans ce qui sera oublié, oublié, il ne peut rien, ni en plus, ni en moins, et c’est pire et meilleur et il se donne à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme.

Des règles et de l’or, le temps est bien en haut, il est assis, il ouvre grand les bras, grand la bouche, le cœur tourmenté et perdu, il est à étouffer, à rayer l’eau, au temps d’un homme sans histoire, dans l’écriture perdue sans intention. Sous les arbres, dans la clarté, dans le nouveau, il  penche à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme.

Il gratte un nom, un autre, au mur, aux portes, le doigt est relevé, la boucle est ouverte, il sait et bien écrire et compter et il donne du temps aux hommes sur la rive, il se tourne, il visite, il voit. Il dévore la main qui nourrit tout et défait les lignes, une après l’autre, un temps pour tout, un temps à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme.

Pour tout, pour la bonté, la beauté, le partage et le sourire ému de ceux qui ne croient rien pour eux, un simple geste, une caresse de vent, les yeux écartés, la peau sans écume. Il sort, il rentre, chez eux tenus et fiers, il compte pour deux, le clair, le jour, le sage, le pénible, et les émotions à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme.

Souveraines, les casques déposés, les armes, les armes, la volonté même, la trahison, il faut tout oublier, replier les choses dans tous les sens et compter les abimes, les outrages. Sans rien devant, sans rien derrière, il se pose et faut-il encore y venir, faut-il raconter ces mensonges faut-il encore à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme.

Se noircir, où en sont les absents, où en sont les cailloux, ils se prennent, ils s’invitent, ils se chantent, où est le fil, où est la voie, ils se reposent et s’enchantent, la combinaison est entière : un plus un, plus, plus deux, plus quinze et au hasard et sans compter et sans mettre le pied, ni devant ni à côté à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme.

Sur la vie, sur les membres, sur les regards jetés, sur les combats, les yeux au vent, il se donne et s’impose et se déplace vers le soir, une vie marche vers son plein, le midi est-il juste, la volonté est-elle suffisante, il se remplit de temps et d’espérance et de deuil et de révolte même, la vérité à l’herbe, au soupçon, au froid, à l’âme.

Les grands bonds, les remèdes, il a comblé le vide, il a vaincu la peur. Il sera calme et il sauvera tout, à toute volonté. 

04 Août 2011

                                          


(Peinture : Triptyque / Joan Miró)

6 commentaires:

arlettart a dit…

OH!! comme j'aime" cette histoire"
Un exercice d'équilibriste des plus beaux
Merci en ce dimanche brumeux que ta poésie me touche
Arlette

J... a dit…

Curieux texte où tout semble désassemblé, et néanmoins d'une belle unité, un peu comme l'est le triptyque de Miro.
J'♥ cette résonance.

♥♥♥

Gérard a dit…

Tes mots éclatent comme les couleurs de Miro

Patrick Lucas a dit…

Textes et mots envoûtants bercé de poésie
Sensibilité à fleur de peau
tout un univers dont on ne revient pas indemne
comme les oeuvres de Miro
Superbe

François a dit…

"Il est universel, il est beau, il est bon, il est fait de partage et de pain que l’on rompt."
Là est l'essentiel, il est celui qu'on attend, qu'on entend.
merci et Hallelujah.
http://www.youtube.com/watch?v=un2l6BRw_00

camille a dit…

Quelle belle résonance chère amie
"un duetto" superbe, quel souffle.
merci et très belle journée

Camille