Il aimerait être le vent… et la pluie… et le soleil… et les racines de l’arbre qui s’enfoncent dans le cœur de la terre…. Il aimerait être l’eau claire qui caresse les lèvres du ciel et porte la barque là-bas… de l’autre côté du monde… là-bas où l’on n’a plus peur de rien…
Il se laisse bercer par la musique venue de si loin… dans cette béatitude, il ne craint pas le froid… ce froid qui mord et pince sa peau si tendre, si douce… sa peau de satin et pétale de rose… dans cette froide journée de pluie et de crachin, il entonne ce chant lointain… ce chant de roi venu d’un temps ancien, d’avant le monde… d’avant le commencement… il est là, il entend et il attend… il est là, bien présent… dans l’instant…
Il est seul pour longtemps… loin du bruit et des hommes en furie … ce monde lui fait peur, il le dit, il le crie et l’écrit… seul subsiste en lui l’espoir de la vie… cet espoir rencontré jadis une nuit sur la paille d’une étable… « Étoile radieuse du matin » sous le voile du soleil et le fil de l’ange…
La vie s’écoule dans le lit du grand fleuve … douce et paisible… aimante et charmante… la rumeur est au loin… derrière les collines et les remparts des villes… de ces villes assiégées où pleurent les enfants et où les mères attendent sans cesse l’inespéré… elles attendent les plus grands, partis depuis longtemps là-bas derrière le monde où les corps s’effondrent…
Il s’accroche aux rochers et regarde le monde… il jette sa colère aux quatre coin de l’onde et il essuie le ciel d’un revers de la main… cette main qui naguère écrivit le grand froid sur les draps de la nuit… et ces longues pluie d’hier qui lavèrent les cris…
Il détisse le grand voile qui enveloppe ses années lointaines de détresse et d’errance… il espère et il prie… il se lève et promet au Très Haut des lendemains heureux, de semailles et bombances … et de pain quotidien … supplication qu’il lance au ciel… ce ciel qui reste sourd à son appel sans fin…
Il appelle les étoiles et les astres si loin… il est seul et demain il gonflera la voile pour partir vers des pays de rois et d’enfants aux yeux d’or et d’azur… il naviguera vers ces sentiers vivants où cheminent les anges, les mages et les sages… sur ces sentiers du monde où passent des hommes sans nombre et toute l’armée des cieux…
.2 - 8 novembre 2009