samedi 4 juillet 2009

HOMMAGE à BERNARD ...


... l'ami poète ...


qui vient épisodiquement semer ses mots chargés de poésie et d’humour dans les pages de "Mémoire du Silence" et "Archives d’Atelier"…
... le 30 juin ... la lecture qu'il fit d’une de mes peintures me toucha tant et tant … que je vous l’offre ici … aujourd’hui …




"Voyage au centre de la terre" ... maria-d ... 1995


***

"Le centre de la terre, c'est très compliqué...
Imagine ! Si tu jetais un œil en arrière, au plus profond de Toi.
L'autre œil, toujours vers le présent ; sinon tu te perdrais.
D'ailleurs n'a-t-on pas dit qu'il est bon de ne pas mettre tous ses yeux dans le même panier ?
Exercice difficile !
Ne me crois pas si tu veux, mais c'est un nouveau monde qui s'ouvre alors pour toi.
Pour Dieu c'est un enfer, et pourtant c'est nickel.
Comme un reflet du ciel au fond de nos mémoires...
Connais-tu ce langage ? Quelques bribes, en signes d'hirondelles ?
Ne t'en fais pas ! Moi non plus...
Pour certains c'est la clé du voyage !
Mais pour toi qui fais lire en images, dont les mots sont couleurs, qui peins la joie sans peine ; secrète, aux touches opalines :
il n'y a que ce καρδἰα
où mûrit toutes forces
aimant de nos passions, nos plus profonds silences, nos vrais regards d'enfance.
Et la suie et l'eau pure
Sève blanche
Cascade
La voûte aux voix étranges
La forêt d'ombres vertes
Les blondes floraisons

Demeure de vie
Magie folle du rêve
La main libre
L'Idylle"

Bernard

30 juin 2009

jeudi 2 juillet 2009

ÉCRIRE À L’ENCRE ROUGE

...


Écrire à l'encre rouge

cette vie qui va poindre
dans le noir de la nuit
qui se vide et s'inscrit
sur la peau de l'oubli

Écrire à l'encre rouge
ce passage éphémère
dans la matrice du monde
ce chemin circulaire
aux lettres de corail

Écrire à l'encre rouge
Écrire à l'encre sang
Écrire ...
… … … et…
… … l'écrire vite



mardi 30 juin 2009

LES DOIGTS DU FIRMAMENT

...


Envol du Silence
derrière les rideaux
les chevaux du ciel
les doigts du firmament
se mêlent au soleil
le soleil au zénith
comme une menace
tu deviens aveugle
soudain tout chavire
une pluie d’étoiles
transperce la feuillée
lave les branches
et comble les ombres
dans ce ciel délavé
sur ces feuilles d’eau douce
apparaît un visage
une image d’Épinal
jadis abîmée … jadis oubliée
aujourd’hui recouvrée
dans ce grand silence
un visage renaît
il a nom LIBERTE



dimanche 28 juin 2009

TIRA LA NIEBLA ...

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Tira la niebla del camino


olvida y sueña …

el amanecer traerá

la aurora hecha luz


°°°
°°
°


samedi 27 juin 2009

BEAUTÉ CACHÉE

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Le daucus... communément appelé carotte sauvage... cette plante, cette fleur qui ne paye pas de mine en bordure de routes et de chemins... cette plante pas très jolie qui n’attire point l’œil du promeneur ... cette plante ordinaire et vulgaire... sauvage... à la beauté ignorée ... cette plante que j’aime parce que rebelle à la beauté cachée ... cette plante qu’il faut approcher et prendre le temps de scruter pour en extraire la beauté... cette plante que je suis allée cueillir sur le bord du chemin et que Jaccottet a si joliment réhabilitée... je vous l’offre aujourd’hui pour un plaisir partagé...




LE DAUCUS, OU CAROTTE SAUVAGE

« Il faut rebaptiser ces fleurs, les détacher des réseaux de la science pour les réinsérer dans le réseau du monde où mes yeux les ont vues.

Dans l´ombre des hauts chênes "en belle ordonnance", dans leur nef aérée où, à peine a-t-on passé le seuil, on devient plus tranquille – comme dans une grande maison.

On voit alors, éparses un peu plus haut que l´herbe sombre et vague, ces taches blanches qui bougent un peu, qui ont l´air de flotter, comme des flocons d´écume. En même temps, vaguement, parce que ces choses vues ainsi sont vagues, on pense à des fantômes qui apparaîtraient là dans cette pénombre favorable aux formes incertaines et probables de la vie ; c´est-à-dire à des présences, presque des personnes, pas entièrement réelles, comme surgies d´ailleurs, revenues de très loin ou remontées d´obscures profondeurs ; plutôt pâles, fragiles à coup sûr, privées des belles couleurs de la vie ; sans que cette impression, d´ailleurs fugitive et un peu fade elle-même, effraie aucunement.

Ce sont des ombelles éparses dans l´ombre ; des espèces de constellations plus familières, moins éclatantes, moins froides et surtout moins figées que celles qui pourront sembler leur répondre au-dessus des arbres une fois que le beau voile du jour aura été tiré.

Me voici parvenu au seuil d´une espèce de ciel d´herbe où flotteraient à portée de la main, fragiles, plutôt que des astres aigus, de petites galaxies flottantes, légères, blanches vraiment comme du lait, ou de la laine de brebis telle qu´il en reste accrochée aux ajoncs dans les îles bretonnes.

C´est un peu comme quand on surprend les premiers pépiements, avant l´aube, c´est-à-dire dans une autre sorte d´ombre, d´oiseaux qu´on ne voit pas. À la fois distincts et reliés. Mais ce murmure, ici, des ombelles, annonce-t-il aussi quelque chose comme un nouveau jour, une autre éclosion ? Il ne semble pas. C´est un langage encore plus étranger. Vagues lueurs dans l´ombre, flottant au-dessus de la tombe commune.

Surtout, ne pas plier cela dans l´herbier des pages ; mais le laisser déplié dans l´espace, laisser cela flotter au bout de ses tiges presque invisibles qui en empêchent pour un peu de temps la dispersion. Les laisser telles qu´elles sont, libres et liées, ces ombelles blanches dans l´ombre aérée des chênes, liées pour un temps et qu´on dirait heureuses de l´être, mais prêtes à l´envol, comme ne peuvent le rêver leurs sœurs célestes, clouées au bois de la nuit.

Ainsi, comme des lampes à tous les étages de la maison…

Quelques ombelles flottant dans l´ombre des grands arbres verts, qu´on est peut-être ici pour faire dire quelque chose à l´oreille la plus rétive ; avec le rêve téméraire, un peu fou, de remettre ainsi dans le réseau du monde le cœur aveuglé, le cœur sourd ; de ramener à la maison du monde l´âme navrée, perdue, ou qui se croyait telle à jamais.

(On imagine une toile d´araignée aux dimensions du monde infini, qui brillerait dans l´ombre et dont le centre serait, cette fois, un tendre soleil inconnu.) »

Philippe Jaccottet / Extrait de "Et néanmoins" / Gallimard


...

jeudi 25 juin 2009

FAUT-IL...


Faut-il

… … … vieillir pour mourir
cantonner la mémoire
à des souvenirs choisis
… … …

Faut-il
… … … pour la probité
déplacer les guillemets
amasser les erreurs

… … …

Faut-il
… … … se lever bonheur
pour goûter au silence éphémère
et se perdre avec l’alouette
dans l’infini des matins clairs
… … …

Faut-il
… … …
pour comprendre ...
converser avec les arbres

... de l'autre rive
...
.

mardi 23 juin 2009

REGARDER AU LOIN...

... ET SUIVRE LE VENT


photo : jpv


Il parle et se parle… et égrène les jours du calendrier avec simplicité et bonheur… petits cailloux de pluie… perles d’étoiles et poussières de vent qu’il agence et empile… et bâtit sous les arbres son palais idéal de sable et d’écume de neige… là-bas… tout au bout du grand fleuve… dans les rets du soleil…

Le jour passe... et un autre... et un jour autre... et passe le jour… et tout recommence… et tout se défait… et tout s’effile… et tout se défile… et disparaît en poussière de vent… en fils de songes… et larmes de pluie sur le soleil levant… Les enfants sont tranquilles… et rient… et chantent des mots tristes et pauvres… …du baume pour l’âme…

Et il refait le monde avec ses doutes et certitudes… Il tire le fil de la vie et défait les fils d’entre la fange… Il surfile les bordures du ciel … en filant le temps et tissant ses rêves de mers… de déserts… de montagnes… de pensées de sable sous ses pieds de vent…. Il appelle à le suivre… à marcher avec lui…. à crier l’injustice d’une voix limpide … en silence et douceur … en amour et beauté… et paroles de bonté…

Quelque chose avance devant lui… quelque chose s’éloigne derrière lui… quelque chose revient et disparaît et revient… encore et encore… sur le fil…. sur ce fil qui s’étire… à l’infini… là-bas au bout du monde… Nous serons cueillis avant même que les gerbes ne soient nouées… avant même la chute du soleil sur les bords du monde… avant même qu’il ne se relève des abysses de la terre et vienne gratter aux portes du jour… prenant place au-dessus de la terre… et entonnant son chant du monde…

Les heures coulent sur le fleuve de lumière qui fertilise la terre...

Il tend ses mains et sa joue aux caresses de miel… à l’aile qui le frôle… au souffle d’espoir… au venin des vipères… La vie s’écoule tranquille et cuisante… dolente et troublante… filet d’eau qui serpente entre le jour et la nuit… entre l’histoire et la mémoire… Il foule le temps de ses pieds de poussière… et tout recommence… et tout renaît… ...une autre vie…

Il faut combler le manque… fertiliser la terre pour que tout recommence… comme au commencement … pour que la vie soit belle et généreuse et sans souffrances … Il faut répéter la semence chaque jour… chaque nuit… chaque saison … encore et toujours… et regarder au loin… suivre le vent… suivre l’étoile… et chanter la pluie et le beau temps… le brin d’herbe et le grain de blé… et la goutte de rosée…


Mots filés … en écho quelque part entre le 18 et le 23 octobre 2007