mardi 2 novembre 2010

Elle aime et se souvient

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Elle ouvre sa main et jette au ciel une myriade d’étoiles qui constelle sa nuit, elle chante et se souvient les paroles endormies sur le bord du grand lit… Elle pense à ces heures belles, insondables qui s’accrochaient d’une main au revers du manteau de son château de sable… Elle arrache une fleur de l’ourlet de son cœur et la tend à l’enfant, celui qui a grandi, celui qui lui a tout pris, celui qui gratte sans fin le grain sur son chemin.

Sans attendre elle s’éloigne sur le chemin de mai, ce chemin de tourments où coule la rosée, où se frottent les âmes aux feuilles du peuplier… Elle avance en douceur et sans peur, sans chagrin… un pied sur le sentier qui l’a vue grandir et courir et sauter à cloche pied sur le fil barbelé… Dans sa poche elle a mis une tonne d’émotion, quelques grammes de serments pliés dans un mouchoir brodé de fil blanc… Elle chante un refrain sorti de sa mémoire, un refrain sans paroles, une brèche dans son cœur… une mélodie chérie.

Elle s’éloigne doucement de ce monde inhumain, elle parle avec les arbres et cherche les couleurs dans la sève de leurs mains… Elle se dresse et s’étire, attrape une fourmi qui courait imprudente sur le rebord du puits… Ce puits du creux du monde, cette grande spirale qui suce la moelle du temps et arrache les dents des pauvres vieux amants… Elle sourit et se tait, et verse avec délice l’encre dans l’encrier…

Encre bleue et violette pour peindre le rire du ciel, et la joie des heureux… Elle souffle et mouille ses lèvres du rouge de la vie, dans ses yeux elle met un peu d’eau de sa mère, un peu de sucre roux dans le creux de son cou… sur sa langue un bonbon de miel et de jasmin… Elle ouvre sa chemise pour embrasser le vent et lui dire sans pudeur qu’il est son bel amant… sa caresse virile lui exalte la peau, et mordille doucement la pointe de ses seins.

Ils sont deux en chemin, vers une belle histoire… de baisers sur la bouche et douceurs dans le cou… longs doigts cheveux d’écume… Deux cœurs irraisonnés qui se cognent tendrement aux falaises de craie et ricochent sans fin sur la crête du temps… Elle se laisse porter par ce vent en partance, cet amoureux des îles et des cimes des arbres… Elle est une, ils sont un, ils sont deux à s’étreindre dans les draps de la lune… Elle est ce doux visage qui se repose enfin sur le dos de la page.

Elle remonte les étoiles et les serre dans sa main, elle les garde bien au chaud pour poursuivre son chemin… Elle se perd, elle s’égare, ne se souvient de rien… ni ses rires, ni ses pleurs ne la ramènent vers demain… Elle se noie dans le sel de ses yeux océan… elle s’en va, elle s’éteint … elle s’allonge et se terre sous le chapeau du vent… une fleur sur les reins.









(peinture : paysage / maria-d)

10 commentaires:

dorio a dit…

POUR LES ENFANTS ET POUR LES RAFFINÉS*


On s'accroche aux branches
aux spores d'escargots
pour l'enterrement d'un arbre mort

Mais pourquoi donc n'a t-il pas
tenu sa promesse de vivant
jusqu'au dernier souffle de vent ?

* comme titrait Max Jacob

camille a dit…

chère Maria-D

un voyage d'un mois, et à mon retour la tristesse de vous avoir perdue, je vous quittai il y a un mois sur un texte fort entre amour, mort et passion et je vous écrivais quelque chose comme ceci : "vous quitter sur ce texte me laisse un goût de non retour
belle continuation et à un autre temps peut-être".
Ce sentiment de non retour et, vos sentiers engloutis dans les abysses du net m'ont un instant fait perdre pied. Puis une lueur, une lumière parmi tous mes courriels, une petite fleur rescapée parmi la foule, un signe de vous, une mémoire réouverte.

Amitié à vous, heureuse de vous retrouver , merci pour ce beau texte sorti de la brèche de votre coeur.

Camille

Gérard Méry a dit…

érotico_poétique

Bruno a dit…

L'érotisme est l'une des bases de la connaissance de soi, aussi indispensable que la poésie.
Anaïs Nin

pierre a dit…

Dans le creux de la main
toute sa mémoire se tenait
fragile coquille qui pousse ses cornes
timides illuminant le jour

maria-d a dit…

@ Dorio ... les promesses de vivant souvent trépassent...
merci pour vos très belles lignes


@ Camille... heureux retour, une lumière vous êtes en ma mémoire silencieuse... merci


@ Gérard... "Eros et Iris, colore et calore, couleur et leurre : ces accords de mots qui parlent des humains et des dieux, de l'amour et de la parade amoureuse, de l'enfantement et de la génération, de la fascination et de la vie nous font pressentir le pouvoir des couleurs".
Jean Clair / La barbarie ordinaire p.72


@ Bruno ... Anaïs, Anaïs en savait quelque chose... n'est-ce-pas ?


@ Pierre...
Le jour ouvert
coquille fragile
du temps qui passe
et ne revient plus

merci ami pour tes mots si bien sentis



>>>> à vous tous merci et belle vie

Bernard a dit…

Maria.
Elle est ce qu'elle est.
Paysage.
Nudité.
Déroule sa coquille.
Enfante d'un vieil arbre,
Des voyants pèlerins
Qu'elle met en chemin.
Ses montagnes ses seins
Et les plis de ses aines
A l'ombre de sa hanche
Dessinent un secret
Un vrai rêve lunaire.
Elle est chair de sa chair
Délivre en couleurs
Le désir dans ses mots
Et l'Amour dans sa main
Et nos doigts peignent à l'or
τὰ βιϐλία des enfances
Beau livre du silence

maria-d a dit…

Merci cher Bernard pour tes lectures toujours si belles, précises... et poétiques...
merci pour tes mots aux senteurs bibliques

Que la vie te soit belle encore et encore

Bruno a dit…

Tout à fait Maria !

Le seul alchimiste capable de tout changer en or est l'amour. L'unique sortilège contre la mort, la vieillesse, la vie routinière, c'est l'amour.
Anaïs Nin

Bonne journée à toi

arlettart a dit…

Il est encore temps .......
"Parlons nous
Pour que rien ne soit perdu
Ecoutons nous
Pour que notre voix
Jaillie d'un été trop bref
Soit écho"
François Cheng et toute la sensibilité secrète de son monde