lundi 1 novembre 2010

à Eux ...

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" Tous les passants s'en sont allés,
Plus rapides que la mémoire
Écrire un petit bout d'histoire,
Les uns debout, d'autres couchés.
Certains sont entrés dans l'histoire
Sans avoir eu le temps d'y croire,
Pas même le temps d'y songer.

Tous les passants s'en sont allés,
Jean de Flandre et Jean de Navarre
Qui voulaient la mer à boire.
La mer, je crois, les a gardés.
Le petit John des Amériques
Devenu John le magnifique,
La gloire ne l'a pas épargné.

Tous les passants s'en sont allés.
Ceux qui buvaient à la fontaine
Ont maintenant leur cave pleine
De vins aux noms ensoleillés.
Ceux qui croyaient à la colère
Ceux qui voulaient gagner des guerres,
La guerre a du les décimer.

Tous les passants s'en sont allés
Mais toi, plus têtue que la pierre,
Tu n'as pas quitté la rivière
Ni la colline aux fleurs de Mai.
Tu gardes le feu et la table,
La rose et le sirop d'érable,
Comme au temps des très lourds secrets.

Si les passants s'en revenaient
Au lieu de leurs vingt ans superbes
Sur lesquels a repoussé l'herbe,
Je ne sais s'ils s'arrêteraient.
Moi, je vois couler l'eau profonde
Sans m'y pencher une seconde.
J'ai peur d'y voir ce que j'étais.

Tous les passants s'en sont allés,
Jean de Flandre, Jean de Navarre,
Le petit John des Amériques,
Tous les passants s'en sont allés... "


Barbara / Tous les passants










(Peinture : Death and Grave Digger / Carlos Schwabe)

3 commentaires:

J... a dit…

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé ;
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé.
Adieu, plaisant soleil, mon œil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

P. de Ronsard (Derniers Vers)

arlettart a dit…

Je quitte Elisanne et Barbara pour vous retrouver !!! des ondes passent et je reprend autre chose et pourtant le même soupir
"Il y a des matins en ruine
où les mots trébuchent
où les clés se dérobent
où le chagrin voudrait s'afficher"
André Chédid (Au coeur du coeur)

pierre a dit…

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

(...)
François Villon