mardi 2 août 2011

Litanie

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Elle ne sait plus, elle ne sait plus rien, elle ne sait plus peindre, ni écrire, ni lire, ni penser. Elle ne sait plus l’or des champs de blé, la marche du temps, les mille choses dans les yeux de l’enfant. Elle ne sait plus parler, elle ne sait plus échanger, elle ne sait plus faire marche arrière, ni refaire marche avant. Elle ne sait plus quel est son nom, l’âge de son père et le visage de sa mère.

Elle ne sait plus le bonheur, le regard de l’amie, le rythme du temps et l’eau verte du grand fleuve. Elle ne sait plus l’acidité de l’herbe, l’orage qui ferme le ciel, et l’éclair qui hallucine. Elle ne sait plus l’été, les saisons et le cri du hibou la nuit dans le jardin. Elle ne sait plus les sujets tabous, la branche de l’arbre qui pleure sous la pluie, l’enfance audacieuse, le reflet du miroir.
Elle ne sait plus l’horizon qui s’allonge, le bruissement des feuilles, le silence des prairies, les collines en feu, et la pierre de rêves. Elle ne sait plus chanter, ni rire, ni souffler, ni aimer. Elle ne sait plus rien, elle n’a plus de repères, de désirs incertains, et de larmes greffées dans le creux de la main. Elle ne sait rien de cet œil qui se ferme, de cette vie qui s’en va.
Elle ne sait plus les saccades du cœur dans le lit du ruisseau, la poitrine en fleur de la jeunesse bleue, le battement des artères dans le corps de l’amant. Elle ne sait plus le besoin des mots dans l’absence de l’être. Elle ne sait plus l’ombre pâle qui tombe de l’hiver, le soleil des moissons, la vieillesse infidèle. Elle ne sait plus, non elle ne sait plus que demain est sans lendemain.
Elle ne sait plus conjuguer l’être sans l’avoir, marcher sur la route et se cacher dans la haie. Elle ne sait plus rien du murmure du vent, du silence des cœurs et de l’aube en robe rose. Elle ne sait plus le cheval fourbu, les rendez-vous ratés, et les rires de sa fille sur les plages de Ré.
Elle ne sait plus la douceur de l’air, les couleurs après la pluie, le parfum de la terre et l’aboiement des chiens. Elle ne sait plus les bienfaits du sommeil, à quelle heure tombe le jour, la lumière de l’être, et la tendresse de son fils. Elle ne sait plus rien de la brume, ni de l’envol de l’alouette dans le frais matin.
Elle ne sait rien de la mort qui attend le soir au coin du bois, et de la vie qui fredonne sa chanson sans couplets sans refrain. Elle ne sait plus aimer, ni dire, ni rêver, ni penser que demain est un jour que l’on n’atteint pas.




(Peinture [détail] : maria-d)

9 commentaires:

brigetoun a dit…

mais maria d elle sait (et peindre itou)

J♥♥♥ a dit…

"Je ne sais rien de tout cela
Mais je sais que je t'aime encore"


http://www.youtube.com/watch?v=CezOVt_72l0

http://www.youtube.com/watch?v=FUsZ8Wg-d-8

camille a dit…

Une litanie pour un retour


"Mon cœur ma mie mon âme
Mon ciel mon feu ma flamme
Mon puits ma source mon val
Mon miel mon baume mon Graal
Mon blé mon or ma terre
Mon soc mon roc ma pierre
Ma nuit ma soif ma faim
Mon jour mon aube mon pain

Ma voile ma vague mon guide ma voix
Mon sang ma force ma fièvre mon moi
Mon chant mon rire mon vin ma joie
Mon aube mon cri ma vie ma foi

Mon cœur ma mie mon âme
Mon ciel mon feu ma flamme
Mon corps ma chair mon bien
Voilà que tu reviens "



et pour faire écho à J♥♥♥, je vous la pose en deux versions :

http://www.youtube.com/watch?v=aproGsaOq98

http://www.youtube.com/watch?v=r6nBEliPwnY


mes amitiés

jeanne a dit…

bonjour Maria
de mon coin de ciel
par le soleil qui se lève
je sais que tu sais
il y a ces creux de vagues
qui nous laissent sur le sable
entre deux algues bleues
perdue
puis la vague revient plus forte plus belle
avec cette écume si douce à la peau
et elle nous emporte
vivante
dans tout ce qui nous tient debout
je t'embrasse

Gérard a dit…

Ton rouge et tes personnages à la Giacometti nous font savoir et aimer

pierre a dit…

Elle ne sait plus qu'elle sait
C'est en oubliant tout que la sagesse survient.

Pierre a dit…

Demain est un jour que l'on atteint pas.
Heureusement, il nous reste
maintenant, cet instant infini
où tout demeure possible.

O a dit…

" (…) c’est en lui que vous avez été instruits à vous dépouiller, (…)
à être renouvelés dans l’esprit de votre intelligence,
et à revêtir l’homme nouveau, "

Éphésiens 4-21,23,24


Elle, elle sait qu'elle a la foi en l'autre, en les autres, en les hommes et en l'homme, donc en elle-même.
Alors, je reprends pour elle :
"c’est en lui qu'elle a été instruite à se dépouiller,
à être renouvelée dans l’esprit de son intelligence,
et à revêtir la femme nouvelle."

maria-d a dit…

Merci à vous tous pour vos mots et vos liens qui me touchent.

Abrazos